THE BOX est tout d'abord tiré d'une nou­velle qui ne fait que huit pages de Richard Mathe­son et qui a déjà ins­piré un épisode de la série "The Twi­light Zone". Aussi, c'est un film de Richard Kelly auquel on doit une vraie réus­site : "Don­nie Darko". Son troi­sième long, THE BOX donc, contient sur­tout une pre­mière par­tie par­ti­cu­liè­re­ment excel­lente, où les trois pre­miers quart d'heure sont syno­nymes de sus­pens et de mon­tée d'adrénaline, aux sujets maî­tri­sés tels que notre propre réus­site per­son­nelle, nos choix moraux et les consé­quences de nos actes.

Le défaut majeur repose d'emblée sur ces décors et ces cos­tumes son­nant tota­le­ment kitchs, une recons­truc­tion de sur­croit gâchée par un cas­ting d'acteurs aux mines bien plus proches de celles de notre époque que celles des seven­ties. Je n'ai à aucun moment réussi à adhé­rer à cette vision du réalisateur.

Aussi, mal­gré une pre­mière par­tie qui annon­çait un cinéma carré, Richard Kelly emmène sa pre­mière adap­ta­tion vers des scènes rocam­bo­lesques tein­tées de sym­bo­liques incom­pré­hen­sibles.  Le spec­tacle atta­chant du début se retrouve alors perdu dans diverses pistes ennuyeuses et sans rythme aux­quelles l'on se demande, agacé, où tout ce joli monde sou­haite réel­le­ment en venir.

En résumé, THE BOX est un film inabouti qui n'est pas sans rap­pe­ler cer­tains longs métrages de science-fiction d'antan. Il est clair que c'est bien trop peu pour sus­ci­ter un quel­conque enthousiasme.

Il est à noter que ce sont les excel­lents Arcade Fire qui se sont col­lés à la musique. A part cette petite anec­dote, rien de nova­teur dans la bande son, même si celle-ci est de très bonne qua­lité, elle reste néan­moins assez commune.

La nou­velle de Richard Matheson :

Le paquet était déposé sur le seuil : un car­ton­nage cubique clos par une simple bande gom­mée, por­tant leur adresse en capi­tales écrites à la main : Mr. et Mrs. Arthur Lewis, 217E 37e Rue, New York. Norma le ramassa, tourna la clé dans la ser­rure et entra. La nuit tom­bait.
Quand elle eut mis les côte­lettes d'agneau à rôtir, elle se confec­tionna un martini-vodka et s'assit pour défaire le paquet.
Elle y trouva une petite boîte en contre­pla­qué munie d'un bou­ton de com­mande. Ce bou­ton était pro­tégé par un petit dôme de verre. Norma essaya de l'ôter, mais il était soli­de­ment rivé. Elle ren­versa la boite et vit une feuille de papier pliée, col­lée avec du scotch sur le fond de la cais­sette. Elle lut ceci : Mr. Ste­ward se pré­sen­tera chez vous ce soir à vingt heures.
Norma plaça la boîte à côté d'elle sur le sofa. Elle savoura son mar­tini et relut en sou­riant la phrase dac­ty­lo­gra­phiée.
Peu après, elle rega­gna la cui­sine pour éplu­cher la salade.

A huit heures pré­cises, le timbre de la porte reten­tit. «J'y vais », déclara Norma. Arthur était ins­tallé avec un livre dans la salle de séjour.
Un homme de petite taille se tenait sur le seuil. Il ôta son cha­peau. «Mrs. Lewis? » s'enquit-il poli­ment.
 – C'est moi.
 – Je suis Mr. Ste­ward.
 – Ah ! bien. Norma réprima un sou­rire. Le clas­sique repré­sen­tant, elle en était main­te­nant cer­taine.
 – Puis-je ren­trer ?
 – J'ai pas mal à faire, s'excusa Norma. Mais je vais vous rendre votre jou­jou. Elle amorça une volte-face.
 – Ne voulez-vous pas savoir de quoi il s'agit ?
Norma s'arrêta. Le ton de Mr. Ste­ward avait été plu­tôt sec.
 – Je ne pense pas que ça nous inté­resse, dit-elle.
 – Je pour­rais cepen­dant vous prou­ver sa valeur.
 – En bons dol­lars ? Riposta Norma.
Mr. Ste­ward hocha la tête.
 – En bons dol­lars, certes.
Norma fronça les sour­cils. L'attitude du visi­teur ne lui plai­sait guère. « Qu'essayez-vous de vendre ? » demanda-t-elle.
 – Abso­lu­ment rien, madame.
Arthur sor­tit de la salle de séjour. «Une dif­fi­culté ? »
Mr. Ste­ward se pré­senta.
 – Ah ! Oui, le… Arthur eut un geste en direc­tion du living. Il sou­riait. Alors, de quel genre de truc s'agit-il ?
 – Ce ne sera pas long à expli­quer, dit Mr. Ste­ward. Puis-je entrer ?
 – Si c'est pour vendre quelque chose…
Mr. Ste­ward fit non de la tête. «Je ne vends rien. »
Arthur regarda sa femme. «A toi de déci­der », dit-elle.
Il hésita, puis «Après tout, pour­quoi pas ? »
Ils entrèrent dans la salle de séjour et Mr. Ste­ward prit place sur la chaise de Norma. Il fouilla dans une de ses poches et pré­senta une enve­loppe cache­tée. «Il y a là une clé per­met­tant d'ouvrir le dôme qui pro­tège le bou­ton», expliqua-t-il. Il posa l'enveloppe à côté de la chaise. «Ce bou­ton est relié à notre bureau. »
 – Dans quel but? demanda Arthur.
 – Si vous appuyez sur le bou­ton, quelque part dans le monde, en Amé­rique ou ailleurs, un être humain que vous ne connais­sez pas mourra. Moyen­nant quoi vous rece­vrez cin­quante mille dol­lars.
Norma regarda le petit homme avec des yeux écar­quillés. Il sou­riait toujours. — Où voulez-vous en venir ? Exhala Arthur.
Mr. Ste­ward parut stu­pé­fait.
«Mais je viens de vous le dire. » Susurra-t-il.
 – Si c'est une blague, elle n'est pas de très bon goût.
 – Abso­lu­ment pas. Notre offre est on ne peut plus sérieuse.
 – Mais ça n'a pas de sens ! Insista Arthur. Vous vou­driez nous faire croire…
 – Et d'abord, quelle mai­son représentez-vous ? Inter­vint Norma.
Mr. Ste­ward mon­tra quelque embar­ras. «C'est ce que je regrette de ne pou­voir vous dire », s'excusa-t-il. «Néan­moins, je vous garan­tis que notre orga­ni­sa­tion est d'importance mon­diale.
 – Je pense que vous feriez mieux de vider les lieux, signi­fia Arthur en se levant.
Mr. Ste­ward l’imita. «Comme il vous plaira. »
 – Et de reprendre votre truc à bou­ton.
 – Êtes-vous cer­tain de ne pas pré­fé­rer y réflé­chir un jour ou deux ? »
Arthur prit la boîte et l'enveloppe et les fourra de force entre les mains du visi­teur. Puis il tra­versa le cou­loir et ouvrit la porte.
 – Je vous laisse ma carte, déclara Mr. Ste­ward. Il déposa le bris­tol sur le gué­ri­don à côté de la porte.
Quand il fut sorti, Arthur déchira la carte en deux et jeta les mor­ceaux sur le petit meuble. «Bon Dieu ! » proféra-t-il.
Norma était res­tée assise dans le living.
«De quel genre de truc s'agissait-il en réa­lité, à ton avis ?
 – C'est bien le cadet de mes sou­cis ! Grommela-t-il.
Elle essaya de sou­rire, mais sans suc­cès.
«Cela ne t'inspire aucune curio­sité ? »
Il secoua la tête. « Aucune. » Une fois qu'Arthur eut repris son livre, Norma alla finir la vaisselle.

- Pour­quoi ne veux-tu plus en par­ler ? demanda Norma.
Arthur, qui se bros­sait les dents, leva les yeux et regarda l'image de sa femme reflé­tée par le miroir de la salle de bains.
 – Ça ne t'intrigue donc pas ? Insista-t-elle.
 – Dis plu­tôt que ça ne me plaît pas du tout.
 – Oui, je sais, mais… Norma plaça un nou­veau rou­leau dans ses che­veux. Ça ne t'intrigue pas quand même ? Tu penses qu'il s'agit d'une plai­san­te­rie ? Poursuivit-elle au moment où ils gagnaient leur chambre.
 – Si c'en est une, elle est plu­tôt sinistre.
Norma s'assit sur son lit et retira ses mules.
 – C'est peut-être une nou­velle sorte de son­dage d'opinion.
Arthur haussa les épaules. «Peut-être.
 – Une idée de mil­lion­naire un peu toqué, pour­quoi pas ?
 – Ça se peut.
 – Tu n'aimerais pas savoir ?
Arthur secoua la tête.
 – Mais pour­quoi ?
 – Parce que c'est immo­ral, scanda-t-il.
Norma se glissa entre les draps. «Eh bien, moi, je trouve qu'il y a de quoi être intri­gué.»
Arthur étei­gnit, puis se pen­cha vers sa femme pour l'embrasser.
 – Bonne nuit, ché­rie.
 – Bonne nuit.
Elle lui tapota le dos.
Norma ferma les yeux. Cin­quante mille dol­lars, songeait-elle.

Le len­de­main, en quit­tant l'appartement, elle vit la carte déchi­rée sur le gué­ri­don. D'un geste irrai­sonné, elle fourra les mor­ceaux dans son sac. Puis elle ferma la porte à clé et rejoi­gnit Arthur dans l'ascenseur.
Plus tard, pro­fi­tant de la pause café, elle sor­tit les deux moi­tiés de bris­tol et les assem­bla. Il y avait sim­ple­ment le nom de Mr. Ste­ward et son numéro de télé­phone.
Après le déjeu­ner, elle prît encore une fois la carte déchi­rée et la recons­ti­tua avec du scotch. Pour­quoi est-ce que je fais ça ? se demanda-t-elle.
Peu avant cinq heures, elle com­po­sait le numéro.
 – Bon­jour, modula la voix de Mr. Ste­ward.
Norma fut sur le point de rac­cro­cher, mais passa outre.
Elle s'éclaircit la voix. « Je suis Mrs. Lewis », dit-elle.
 – Mrs. Lewis, par­fai­te­ment.
–Mr. Ste­ward sem­blait fort bien dis­posé.
 – Je me sens curieuse.
 – C'est tout natu­rel, convint Mr. Ste­ward.
 – Notez que je ne crois pas un mot de ce que vous nous avez raconté.
 – C'est pour­tant rigou­reu­se­ment exact, arti­cula Mr. Ste­ward.
 – Enfin, bref…
Norma déglu­tit. Quand vous disiez que quelqu'un sur terre mour­rait, qu'entendiez-vous par là ?
 – Pas autre chose, Mrs. Lewis. Un être humain, n'importe lequel. Et nous vous garan­tis­sons même que vous ne le connais­sez pas. Et aussi, bien entendu, que vous n’assisterez même pas à sa mort.
 – En échange de cin­quante mille dol­lars, insista Norma.
 – C'est bien cela.
Elle eut un petit rire moqueur. «C'est insensé.»
 – Ce n'en est pas moins la pro­po­si­tion que nous fai­sons. Souhaitez-vous que je vous réex­pé­die la petite boîte? Norma se cabra. «Jamais de la vie ! »
Elle rac­cro­cha d'un geste rageur.

Le paquet était là, posé près du seuil. Norma le vit en sor­tant de l'ascenseur. Quel tou­pet ! Songea-t-elle. Elle lor­gna le car­ton­nage sans amé­nité et ouvrit la porte. Non, se dit-elle, je ne le pren­drai pas.
Elle entra et pré­para le repas du soir.
Plus tard, elle alla avec son verre de martini-vodka jusqu'à l'antichambre. Entre­bâillant la porte, elle ramassa le paquet et revint dans la cui­sine, où elle le posa sur la table.
Elle s'assit dans le living, buvant son cock­tail à petites gor­gées, tout en regar­dant par la fenêtre. Au bout d'un moment, elle rega­gna la cui­sine pour s'occuper des côte­lettes. Elle cacha le paquet au fond d'un des pla­cards. Elle se pro­mit de s'en débar­ras­ser dès le len­de­main matin
 – C'est peut-être un mil­lion­naire qui cherche à s'amuser aux dépens des gens, dit-elle.
Arthur leva les yeux de son assiette. « Je ne te com­prends vrai­ment pas.»
 – Enfin, qu'est-ce que ça peut bien signi­fier ?
Norma man­gea en silence puis, tout à coup, lâcha sa four­chette.
Arthur la dévi­sa­gea d'un oeil effaré.
 – Oui. Si c'était une offre sérieuse ?
 – Admet­tons. Et alors ? Il ne sem­blait pas se résoudre à conclure
 – Que ferais tu ? Tu repren­drais cette boîte, tu pres­se­rais le bou­ton ? Tu accep­te­rais d'assassiner quelqu'un ?
Norma eut une moue mépri­sante. « Oh ! Assas­si­ner… »
 – Et com­ment appellerais-tu ça, toi ?
 – Puisqu'on ne connaî­trait même pas la per­sonne ? Insista Norma.
Arthur mon­tra un visage aba­sourdi. « Serais-tu en train d'insinuer ce que je crois devi­ner?
 – S'il s'agit d'un vieux pay­san chi­nois à quinze mille kilo­mètres de nous? Ou d'un nègre famé­lique du Congo ?
 – Et pour­quoi pas plu­tôt un bébé de Penn­syl­va­nie ? Rétor­qua Arthur. Ou une petite fille de l'immeuble voi­sin?
 – Ah ! Voilà que tu pousses les choses au noir. — Où je veux en venir, Norma, c'est que peu importe qui serait tué. Un meurtre reste un meurtre.
 – Et où je veux en venir, moi, c'est que s'il s'agissait d'un être que tu n'as jamais vu et que tu ne ver­ras jamais, d'un être dont tu n'aurais même pas à savoir com­ment il est mort, tu refu­se­rais mal­gré tout d'appuyer sur le bou­ton ?
Arthur regarda sa femme d'un air hor­ri­fié. « Tu veux dire que tu accep­te­rais, toi ?
 – Cin­quante mille dol­lars, Arthur.
 – Qu'est-ce que ça vient…
 – Cin­quante mille dol­lars, répéta Norma. L'occasion de faire ce voyage en Europe dont nous avons tou­jours parlé.
 – Norma !
 – L'occasion d'avoir notre pavillon en ban­lieue.
 – Non, Norma. Arthur pâlis­sait. Pour l'amour de Dieu, non!
Elle haussa les épaules. « Allons, calme-toi. Pour­quoi t'énerver ? Je ne fai­sais que sup­po­ser.» Après le dîner, Arthur gagna le living. Au moment de quit­ter la table, il dit : « Je pré­fé­re­rais ne plus en dis­cu­ter, si tu n'y vois pas d'inconvénient.»
Norma fit un geste insou­ciant. «Entiè­re­ment d'accord. »

Elle se leva plus tôt que de cou­tume pour faire des crêpes et les oeufs au bacon à l'intention d'Arthur.
 – En quel hon­neur ? demanda-t-il gaie­ment.
 – En l'honneur de rien. Norma sem­blait piquée. J'ai voulu en faire, rien de plus.
 – Bravo, apprécia-t-il. Je suis ravi.
Elle lui rem­plit de nou­veau sa tasse. « Je tenais à te prou­ver que je ne suis pas … » Elle s'interrompit avec un geste désa­busé.
 – Pas quoi ?
 – Egoïste ?
 – Ai-je jamais pré­tendu ça ?
 – Ma foi… hier soir…
Arthur resta muet.
 – Toute cette dis­cus­sion à pro­pos du bou­ton, reprit Norma. Je crois que… bref, que tu ne m'as pas com­prise.…
 – Com­ment cela ? Il y avait de la méfiance dans la ques­tion d’Arthur.
 – Je crois que tu t'es ima­giné… (Nou­veau geste vague) que je ne pen­sais qu'à moi seule.
 – Oh !
 – Et c'est faux.
 – Norma, je…
 – C'est faux, je le répète. Quand j'ai parlé du voyage en Europe, du pavillon…
 – Norma ! Pour­quoi atta­cher tant d'importance à cette his­toire ?
 – « Je n'y attache pas d'importance »
Elle s'interrompit, comme si elle avait du mal à trou­ver son souffle, puis : «J'essaie sim­ple­ment de te faire com­prendre que… »
 – Que quoi ?
 – Que si je pense à ce voyage, c'est pour nous deux. Que si je pense à un pavillon, c'est pour nous deux. Que si je pense à un appar­te­ment plus confor­table, à des meubles plus beaux, à des vête­ments de meilleure qua­lité, c'est pour nous deux. Et que si je pense à un bébé puisqu'il faut tout dire, c'est pour nous deux, tou­jours !
 – Mais tout cela, Norma, nous l'aurons
 – Quand ? Il la regarda avec désar­roi. « Mais tu… »
 – Quand ?
 – Alors, tu … Arthur sem­blait céder du ter­rain. Alors, tu penses vrai­ment…
 – Moi ? Je pense que si des gens pro­posent ça, c'est dans un simple but d'enquête ! Ils veulent établir le pour­cen­tage de ceux qui accep­te­raient ! Ils pré­tendent que quelqu'un mourra, mais uni­que­ment pour noter les réac­tions… culpa­bi­lité, inquié­tude, que sais-je ! Tu ne crois tout de même pas qu'ils iraient vrai­ment tuer un être humain, voyons ?
Quand il fut parti à son tra­vail, Norma était tou­jours assise, les yeux fixés sur sa tasse vide. Je vais être en retard, songea-t-elle. Elle haussa les épaules. Quelle impor­tance, après tout ? La place d'une femme est au foyer, et non dans un bureau.
Alors qu'elle ran­geait la vais­selle, elle aban­donna brus­que­ment l'évier, s'essuya les mains et sor­tit le paquet du pla­card. L'ayant défait, elle posa la petite boite sur la table. Elle resta long­temps à la regar­der avant d'ouvrir l'enveloppe conte­nant la clé. Elle ôta le dôme de verre. Le bou­ton, véri­ta­ble­ment, la fas­ci­nait. Comme on peut être bête ! Songea-t-elle. Tant d'histoires pour un truc qui ne rime à rien.
Elle avança la main, posa le bout du doigt… et appuya. Pour nous deux, se répéta-t-elle rageu­se­ment.
Elle ne put quand même s'empêcher de fré­mir. Est-ce que, mal­gré tout ?… Un fris­son glacé la par­cou­rut.
Un moment plus tard, c'était fini. Elle eut un petit rire iro­nique. Comme on peut être bête! Se mon­ter la tête pour des bille­ve­sées.
Elle jeta la boîte à la pou­belle et cou­rut s'habiller pour par­tir à son travail.

Elle venait de mettre la viande du soir à griller et de se pré­pa­rer son habi­tuel martini-vodka quand le télé­phone se mit à son­ner. Elle décro­cha.
 – Allô,
 – Mrs. Lewis ?
 – c'est elle-même.
 – Ici l'hôpital de Lenox Hill.
Elle crut vivre un cau­che­mar à mesure que la voix l'informait de l'accident sur­venu dans le métro : la cohue sur le quai, son mari bous­culé, dés­équi­li­bré, pré­ci­pité sur la voie à l'instant même où une rame arri­vait. Elle avait conscience de hocher la tête, méca­ni­que­ment, sans pou­voir s'arrêter.
Elle rac­cro­cha. Alors seule­ment elle se rap­pela l'assurance-vie, une prime de 25000 dol­lars, une clause de double indem­nité en cas de…
Alors elle fra­cassa la boite contre le bord de l'évier. Elle frappa à coups redou­blés, de plus en plus fort, jusqu'à ce que le bois eût éclaté. Elle arra­cha les débris, insen­sible aux cou­pures qu'elle se fai­sait. La cais­sette ne conte­nait rien. Pas le moindre fil. Elle était vide.

Quand le télé­phone sonna, Norma suf­fo­qua, comme une per­sonne qui se noie. Elle vacilla jusqu'au living-room, sai­sit le récep­teur.
 – Mrs. Lewis ? Arti­cula dou­ce­ment Mr. Ste­ward.
Etait-ce bien sa voix à elle qui hur­lait ainsi ? Non, impos­sible !
 – Vous m'aviez bien dit que je ne connaî­trais pas la per­sonne qui devait mou­rir ?
 – Mais, chère madame, objecta Mr. Ste­ward, croyez-vous vrai­ment que vous connais­siez votre mari ?

Richard Mathe­son, But­ton, But­ton,
tra­duit par René Lathière
Les Edi­tions J'ai lu



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