
Joe Egan est un type bizarre, sympathique mais complètement affolé. Il passe sa vie à sauter dans des bus et des avions, perdre et gagner au poker, quitter les femmes qu’il aime. Bref, il se conduit comme un parfait cinglé ou comme quelqu’un qui aurait tout simplement la trouille. Bien sûr, il y a cette blonde vêtue de noir qui le suit partout depuis des années. Mais qui à part Joe Egan va croire que la mort existe et qu’elle porte un ciré noir ?
Ainsi est le résumé de cette nouvelle adaptation d'un roman de la collection Rivages/Noir. Devenue Rivages/Casterman/Noir pour la bande dessinée, TROUILLE est un nouveau one-shot de la collection où ont déjà eu les honneurs Dennis Lehanne par De Metter & Loustal ("Shutter Island" & "Coronado"), Pierre Pelot par Baru ("Pauvres Zhéros"), Donald Westlake par Lax ("Pierre qui roule"), etc. J'avoue être tombé sous le charme de ces éditions aux contenus visuels et d'écriture variées. Un univers noir surtout, des thrillers tendus dessinés par des gens talentueux.
TROUILLE du dessinateur belge Joe G. (Giusto) Pinelli et du romancier Jean-Hugues Oppel, est l'adaptation mi-figue mi-raisin du polar de Marc Behm sorti en 1990. Également connu pour quelques scénarios dont celui de "Charade" pour Alfred Hitchcock, l'écrivain, dont TROUILLE fut le quatrième bouquin, est décédé en 2007 dans la Somme où il aura vécu l'essentielle de sa vie. L'américain ne verra donc jamais les 198 pages de son livre réduites ici d'une centaine, offrant ainsi une lecture excessivement rapide dû à un contenu le plus souvent de pages pleines de grand dessin et de bulles remplies d'une voix off sans panache.
Au découpage cinématographique, sans bordures, l'enchaînement de ce roman graphique est d'une tonalité bien moins sombre que le roman pouvait le laisser supposer mais cependant d'une très belle richesse pour les yeux. Surtout, TROUILLE souffre du même problème que "Nuit de Fureur" dont j'ai parlé dans un autre article. En effet, les pleines pages accentuent par instant ce sentiment de manque, de trous d'air, comme si cette adaptation avait pour le format occultée de nombreux points essentiels.
Ce n'est pas désagréable, mais il manque l'épaisseur propre à l'écriture, une carence que le dessin n'arrive pas à faire oublier. Il n'est donc pas difficile de dire que TROUILLE est ma deuxième déception sur ce point chez Rivages/Casterman/Noir, un one shot bien en deçà des autres cités plus haut. Dommage, vraiment, car le dessin et sa manière d'être présenté sans découpage, en se fondant et superposant sans cesse, offre quelques bons moments.

Allez encore plus loin : 2009 - BD - Rivages/Casterman/Noir





6 juillet 2010
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