Ian Dury sex and drug and rock'n'roll

Ian Dury est décédé depuis un bon moment, depuis le 27 mars 2000 d'un can­cer du foie, et né comme moi un 12 mai. Un 12 mai 1942, en pleine guerre avant qu'il ne soit atteint de la polio dès l'âge de 7 ans. Un éclopé. Au delà de tout ça, vous allez entendre par­ler de lui dans les mois qui viennent car un bio­pic est actuel­le­ment en tour­nage. La moindre des choses quand on est l'auteur de la célèbre maxime "Sex and Drugs and Rock'n'Roll" pré­sent sur cet LP du nom de "New Boots and Pan­ties" sorti en 1977.

Sociable, bavard, char­meur, Dury ado­les­cent ne cherche pas à cacher son infir­mité ­ un bras et une jambes atro­phiés. Il séduit les filles, cultive l'amitié. Il se voit un jour enter­tai­ner, se rêve en comique accom­pa­gné d'un orchestre. Mais sa santé fra­gile le tourne vers les Beaux-Arts. Il y côtoie Peter Gree­na­way, devient prof d'arts plas­tiques et peintre. Mais, tel Serge Gains­bourg avant lui, il sent les limites de son talent. Il s'ennuie. La pein­ture, acti­vité soli­taire, le déses­père. «Je m'endormais devant mon che­va­let.» Il monte, pour se dis­traire, une for­ma­tion de rock pri­maire. Son modèle : Gene Vincent, icône canaille du rock'n'roll nais­sant, décou­vert quinze ans plus tôt dans "La Blonde et Moi" sur le grand écran. Aussi clas­sieux qu'inquiétant, aussi déran­geant qu'attrayant. Le groupe, Kil­burn and the High Roads, avec son pub-rock aux anti­podes du glam flam­boyant ou du hard triom­phant en vogue, tourne sans répit, sans suc­cès. Mais Dury, tirant parti de son phy­sique dif­forme, se concocte un jeu de scène trou­blant. Il se tord, se contor­sionne, s'agrippe au micro en aboyant comme si à tout moment il ris­quait de s'écrouler. Le jeune John Lydon, futur Rot­ten, assis­tera, médusé, à la per­for­mance. Sans le savoir, Dury, paria du rock 70, est le par­rain du punk à venir. «La musique ne m'a jamais spé­cia­le­ment bran­ché, mais j'adorais l'énergie. Avec les Block­heads, on jouait plu­tôt du funk. Mais, à l'époque, une musique plus élabo­rée, c'était sus­pect. Alors, comme les gens m'aimaient bien, on appe­lait ça new-wave.»

Tau­lard, Ian Dury ne l'a jamais été. Juste interné. Au cours de son enfance, dans un établis­se­ment pour gamins han­di­ca­pés. Séparé de son père chauf­feur, ama­teur de belles voi­tures qui n'a jamais conduit que celles des autres, Ian découvre un uni­vers cloi­sonné, étrange où, pour se conso­ler d'être dif­fé­rent, il apprend qu'il est loin d'être le plus mal loti. «Il y a avait des gosses sans bras, qui ne pou­vaient même pas se bran­ler. Alors, il fal­lait leur don­ner un coup de main"»

«Avec Sex and Drugs and Rock' n' roll, j'avais asso­cié les trois ingré­dients clés d'une cer­taine exis­tence où il n'y a pas de place pour la lit­té­ra­ture, l'art et tout le reste. Mais la chan­son était plu­tôt une inter­ro­ga­tion: n'y a-t-il vrai­ment rien d'autre à prendre dans la vie que ça? Et puis voilà: on se retrouve en concert devant une foule qui scande les paroles comme un hymne. Je ne vais quand même pas faire la morale. Sim­ple­ment, avec toutes les hor­reurs qu'on a connues depuis, notam­ment le sida, je me dis qu'il serait temps que je rajoute un couplet.»

A la pre­mière écoute, je me suis dit que ça avait prît un coup de vieux et j'étais pas enthou­siasmé par cette réédi­tion qui contient un DVD live en bonus. Mais en pre­nant le pro­blème à l'envers j'ai tapoté non pas 1955 mais 1977 sur le tableau de bord de ma Delo­rean, qu'en ai pas vrai­ment une, même de loin, et ce voyage d'une tren­taine d'années m'a per­mis de col­ler une oreille plus atten­tion­née mais déta­chée pour appré­cier les char­mants défauts de cet album singulier.

J'ai senti du souffle sur cet ancien 33 tours bourré d'énergie bri­tish et une créa­ti­vité qui devait, comme c'était le cas plu­sieurs fois par an à l'époque, être un choc toni­truant pour l'auditeur. Il y a du Rock, du Blues, du Punk, voir de la New-Wave et pas mal de Pub-Rock. Un album éclaté, pre­nant diverses direc­tion, pas très linéaire, un peu bor­dé­lique et crade comme Dury l'était. A redé­cou­vrir et que le maga­zine Q a exces­si­ve­ment classé 66ème meilleurs albums de tous les temps dans une liste parue en 2000.

Bax­ter Dury est son fils dont j'avais acheté son CD "Len Parrot's Memo­rial Lift" en 2002

Source : Libé­ra­tion.



Allez encore plus loin : 1977 - CD - Ian Dury